PUBLIÉ PAR SIDNEY TOUATI LE 1 MAI 2017
 

Pourquoi depuis la fin du mythe communiste de l’Union de la Gauche, le système politique français a-t-il besoin du mythe du danger fasciste pour fonctionner ?

Mitterrand en politicard avisé ne pouvait ignorer qu’une fois l’illusion du « demain on rase gratis » passée, son pouvoir reposerait sur du vide.

Pour donner sens à une identité de gauche vidée de tout contenu, il créa de toute pièce le mythe d’un danger fasciste incarné par le Front National.

Jean-Marie Le Pen s’empara de ce mythe et joua avec délectation le rôle qu’on attendait qu’il jouât. Le nostalgique de Vichy et de la collaboration s’enveloppa dans le drapeau français pendant que d’autres à Bruxelles et ailleurs le piétinaient sans vergogne.

Par rapport à 1940, les rôles étaient inversés.

En inscrivant le combat politique sur une scène imaginaire, Mitterrand sauva son pouvoir et put poursuivre l’œuvre commencée par son prédécesseur VGE, à savoir la liquidation de la Nation. Par ce subterfuge, il contribua à faire sortir les Français des réalités politiques auxquelles ils étaient et sont toujours confrontés, seuls, sans représentant ni défenseur authentique.
Il n’y eut, il n’y a aucun débat ni sur la construction européenne, ni sur l’immigration musulmane et ses dramatiques conséquences, ni sur les délocalisations, ni sur la persistance d’un chômage de masse.

À chaque élection, les Français sont invités non pas à réfléchir, mais à gérer une peur, celle du fameux danger fasciste.

Les dirigeants français restent confinés dans une perception délirante de l’histoire. Après le mythe gaulliste d’une France résistante et victorieuse succéda le mythe gauchiste d’une France menacée par le danger fasciste.

Chirac mâtina le vieil héritage radical-socialiste d’une rhétorique gaulliste et joua parfaitement le jeu. Il comprit qu’il n’y avait plus rien à faire. Il passa 12 ans à « inaugurer les chrysanthèmes » et laissa le navire France filer au gré des courants.

Sans doute écœuré par cette farce, Chirac eut une sorte de réflexe gaulliste et rendit la parole au peuple qui répondit « non » au référendum de 2005 sur le Traité de la Constitution Européenne. Décision que le Président Sarkozy s’empressa d’annuler en faisant adopter ce même traité par le Parlement en 2007, se rendant ainsi coupable, lui et une grande partie de la classe politique, d’une véritable forfaiture.

Ceux qui appellent au vote Macron par opportunisme, signent leur propre défaite, et comme Sarkozy en 2007 prennent la lourde responsabilité d’aller contre la volonté du peuple.

Ce dernier s’est clairement prononcé au premier tour de l’élection présidentielle. 74% (80% des inscrits) des électeurs ont rejeté le candidat officiel du système qui n’a recueilli sur son « mythe » que 24% des voix exprimées (19% des inscrits)
Ces chiffres sont le reflet fidèle de la réalité française : seuls 20% de la population a tiré profit de l’Union Européenne. Les autres, 80%, ont régressé ou stagné.

Dans ce contexte, la persistance du leurre politique du danger fasciste a contribué à saper les bases du contrat républicain. Elle a provoqué non pas une rupture entre la classe politique et le peuple, (cette rupture est consommée depuis 2007) mais un véritable rejet du système pour ne pas dire un dégoût.

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Aujourd’hui, la ficelle est usée et le mythe n’opère plus vraiment.

La preuve ? Dupont-Aignan brisant le tabou se rallie à Marine Le Pen et Mélenchon ne donne pas de consigne de vote.

Enfermés dans leur citadelle dorée, les dirigeants de la droite classique n’ont pas pris la mesure du degré d’exaspération qui frappe la grande majorité des Français. En appelant au vote Macron, ils montrent qu’ils fonctionnent toujours dans le mythe mitterrandien d’un danger fasciste d’extrême droite. (Si danger il y a, il est ailleurs, du côté de l’Islam, dans ses variantes politiques).

Ils ont pris ce faisant un énorme risque, celui d’accroître le fossé qui les sépare du peuple et ouvrir tout grand la route du pouvoir à Marine Le Pen.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Sidney Touati pour Dreuz.info.

 

Sidney Touati est avocat fiscaliste, auteur de plusieurs ouvrages dont La face cachée de l'affaire Tapie, aux éditions Tatamis.