PUBLIÉ PAR MAGALI MARC LE 6 MAI 2017
 

Les derniers sondages (Harris, Ipsos Sopra Steria) accordent une avance considérable à Emmanuel Macron (de 62% à 63%) et placent Marine Le Pen à moins de 40%.

Cette avance de 20 points est pratiquement impossible à rattraper, donc Macron devrait être élu président. Voici pourquoi je n’y crois pas.

  1. Le nombre d’indécis est à 19% parmi les répondants, ce qui est considérable (en comparaison 6% se disaient «indécis» dans les sondages du Brexit qui donnaient pour gagnant le camp du «Remain» par 4 points). Les «refus de répondre» ne sont pas comptabilisés.
  2. Seulement 68% des répondants sont sûrs d’aller voter, ce qui laisse 32% qui pourraient rester chez eux. Or comme les sondages et les médias s’accordent pour donner Macron largement gagnant, les plus susceptibles de rester chez eux sont ceux qui voteraient Macron sans enthousiasme, les tièdes.
  3. Les militants d’En Marche se mobilisent pour éviter le vote abstentionniste qui leur fait si peur. C’est donc qu’ils sont conscients que la victoire pourrait leur échapper.
  4. Parmi les «castors» on remarque BHL qui, avec d’autres personnalités politiques, veut soutenir Macron afin de «faire barrage» à MLP. Alain Finkielkraut vient de se joindre aux «castors», estimant que Marine Le Pen au pouvoir, « plongerait la France dans la ruine, le chaos et la guerre civile». Ces «castors» adhèrent donc à une campagne de peur qui pourraient très bien avoir un effet contraire à celui souhaité.
  5. Les partis traditionnels, les mêmes qui ont été balayés lors du premier tour, ont tous décidé de prendre le train «En Marche». Hollande a appelé à voter Macron, ainsi que Valls, Fillon, etc, bref la plupart des «has beeen» de la politique française. Ceux qui ne les croient pas vont-ils les suivre ?
  6. Même ceux qui devraient logiquement appuyer MLP s’abstiennent de le faire ouvertement : Libération cite Éric Zemmour, Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel et André Bercoff. Si ces personnes qui n’ont pas froid aux yeux hésitent à se mouiller en faveur de MLP, imaginez le degré d’intimidation que ressentent les milliers d’anonymes qui répondent aux sondages et qui penchent pour Le Pen ou ne veulent pas d’un Macron président.

Conclusion

Christian Rioux, correspondant à Paris pour Le Devoir, dans sa dernière chronique avant l’élection cite le point de vue du géographe Christophe Guilluy qui a cartographié «… ces deux France qui se regardent en chiens de faïence. Celle des nouvelles classes favorisées, des zones urbaines gentrifiées et de ceux qui profitent de la mondialisation. Celle des zones périurbaines abandonnées, des anciennes friches industrielles en déclin et des perdants de la mondialisation» :

« Christophe Guilluy a rencontré Emmanuel Macron lorsque ce dernier était encore ministre de l’Économie de François Hollande. ‘Il a reconnu la justesse de mon constat, dit le géographe. Mais, pour lui, la solution, c’était encore plus de mondialisation.’ Pour réconcilier la France, croit le chercheur, il faudrait commencer par faire autre chose que d’insulter les gens et penser au développement économique des petites villes et des campagnes. Il faudrait aussi prendre au sérieux la question de l’immigration. «En banlieue parisienne, tous les élus de gauche disent qu’il faut arrêter les flux migratoires dans leur commune. Il n’y a pas de débat, 70% des Français sont d’accord là-dessus.»

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Pour Guilluy, le pire serait que ces populations désertent complètement le jeu démocratique et qu’elles se réfugient dans l’abstention. Alors, on aurait de la violence, dit-il. « Finalement, il est très sain que Le Pen soit au second tour. Il faut que cette colère s’exprime quelque part.»

Si, dimanche, Marine Le Pen recueille entre 35% ou 40% des voix, ce sera un choc, estime Guilluy. « Bien sûr, on se rassurera en se disant que le fascisme n’est pas passé. Mais sur le fond, cela voudra dire que la posture morale ne marche plus et que les digues commencent à céder. Peut-être que Marine Le Pen sera élue en 2022. Peut-être que ce sera Jean-Luc Mélenchon. Peu importe que ce soit à gauche ou à droite, on ne pourra plus ignorer ce que dit la moitié de la France.»

(Source: Christian Rioux Le Devoir)

C’est ma dernière raison

7) Les laissés pour compte de la mondialisation, ceux que l’immigration dérange et que l’islamisation de la France inquiète pourraient se mobiliser silencieusement. À mon avis, les sondages et la classe politique ont échoué à évaluer dans quelle mesure cette frustration pourrait porter Marine Le Pen à l’Élysée dès 2017.

Je ne sais pas si la Délégation du Québec à Paris a des chiffres que je n’ai pas vu mais, le Journal de Montréal publiait le 5 mai dernier un article disant que la Délégation générale du Québec à Paris (avec sa Déléguée générale, l’ancienne ministre Line Beauchamp), était déjà à pied d’œuvre afin d’avoir des contacts au sein du Front national au cas où Marine Le Pen serait élue !

Qui vivra verra !

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