Au Louvre, 7 mai 2017. 
© Jeff J Mitchell


 France


Publié dimanche 7 mai 2017 à 23:38, modifié lundi 8 mai 2017 à 09:53.

FRANCE

Au Louvre, un appel solennel à la «France en colère»

Il est 22h30. Emmanuel Macron, élu à 66,06% des voix, rejoint la foule de ses partisans massés sur l’esplanade du Louvre sur l’«Hymne à la joie» de Beethoven. Son appel solennel à «une majorité vraie, à une majorité de changement» donne le ton du prochain quinquennat. 

Au terme d’une campagne inédite dans l’histoire de la Ve République, Emmanuel Macron a été élu président dimanche soir, par 66,06 % des voix, soit 20,7 millions de bulletins. Son adversaire Marine Le Pen a engrangé 33,94 % des suffrages, un score historique, soit un total de 10,6 millions de voix. Les votes nuls et blancs ont atteint 12 % du total, un record.

Première apparition publique et première mise en scène pour le tournant qu’Emmanuel Macron entend prendre résolument. En 2012, François Hollande avait réuni ses partisans place de la Bastille, dans une joyeuse cacophonie. Cinq ans plus tard, l’esplanade du Louvre résonne de l’Hymne à la joie de Beethoven, symphonie de l’Europe unie. Le président élu s’avance seul, la pyramide du Louvre se dessine, illuminée, à ses côtés.

 

France's new President-elect, Emmanuel Macron, took a long victory walk before addressing supporters at the Louvre http://cnn.it/2pQNkQ3 

 

Son premier face-à-face avec la France est tout, sauf «normal». Celui qui, dès lundi, apparaîtra aux côtés de François Hollande pour la cérémonie de commémoration du 8 mai 1945, a des mots de remerciement plus que des mots de victoire.

.@EmmanuelMacron arrivant au Louvre sur l'hymne européen, trop bon après ces années d'eurolâcheté, n'est-il pas @fhollande ?

 

La pose est sobre. Le verbe est solennel. «La tache qui nous attend est immense. Avec courage et bienveillance, la France l’a emporté […] Ce que vous venez de faire n’a ni précédent, ni équivalent. Cette confiance m’oblige…» L’appel du Louvre tient compte des réalités électorales. 35% des Français ont voté pour Marine Le Pen. Plus de 25% se sont abstenus. «Je sais nos désaccords. Ceux qui ont voté pour les extrêmes ont exprimé une colère. Je les respecte (..) Je ferai tout pour qu’ils n’aient plus de raisons de répéter ce vote.» La posture n’est pas seulement celle du rassembleur. C’est aussi celle du combattant qui, dans un mois, sait qu’il devra mener et remporter la bataille des élections législatives contre les partis traditionnels. «Nous aurons besoin d’une majorité claire, d’une majorité de changement […] Nous avons la lourde tâche de réhabiliter l’esprit des Lumières.» L’homme qui, à 39 ans, vient d’être élu à la tête de l’Etat, sait qu’il devra d’emblée se distinguer et tourner la page.

Ils sont des milliers devant lui massés devant le Louvre et dans le jardin des Tuileries. Tout a commencé, vers 19h, par une succession de concerts. Mais cette fois, l’ambiance est redevenue sérieuse, presque grave. Noémie, 24 ans est employée dans un supermarché. Elle s’est rendue ici avec trois de ses amies. Elles brandissent toutes un t-shirt Macron président, distribué un peu avant l’annonce des résultats. Les couleurs sont acidulées. Le mot «vitalité» s’affiche sur les écrans géants. «Nos parents nous parlaient de la victoire de Mitterrand en 1981. C’est un peu comme ça, non?» A côté, Paul, enseignant d’une soixantaine d’années, répond en haussant les épaules. «Mitterrand voulait changer la France. Macron aura besoin de changer les Français.» La Marseillaise a retenti. Le hip-hop a remplacé l’Hymne à la joie. Place à la fête. Mais au vu des résultats et de l’ampleur de la colère électorale, tous, ici, savent qu’elle sera de très courte durée.