Dordogne : des bouddhistes rachètent insectes et poissons pour les libérer 

La pêche en France est un sport national. Les Parisiens ne peuvent pas comprendre, sauf ceux qui conservent des liens avec leurs racines provinciales. Et la France est couverte d’étangs, rivières, lacs, plans d’eau plus ou moins poissonneux. Il y en a pour qui la pêche est une détente, un divertissement, d’autres pour qui c’est un sport, et ces derniers relâchent leurs prises. D’autres les mangent. Entre un omble chevalier pêché dans le lac d’Annnecy et les perchots glanés dans le lac du Bourget qui finira en friture, il y a de quoi faire (frire).

 

 

 

 

La pêche n’a pas encore été touchée comme la chasse par les amis des animaux. Ces derniers sont nombreux en France, car nous sommes un pays à chats et à chiens, 13 millions de félins (revendiqués) et 8 millions de chiens, sans compter les sauvages et les clandestins ! Les Français aiment les animaux, ce qui ne les empêche pas d’en manger. Heureusement, ils ne mangent pas les animaux qu’ils aiment. Il y a donc deux façons d’aimer. On mange un poisson, on ne mange pas son chat. Sauf éventuellement en cas de disette, ce que nous ne souhaitons à personne. Les militants de la cause animale, qui sont très actifs contre les chasseurs, au point qu’il y a eu de réelles frictions (l’épisode Bougrain-Dubourg)

 

 

 

 

Deux façons de considérer la nature et la vie. Les uns empruntent, les autres protègent. Parfois ils arrivent à un compromis, quand il faut réguler une espèce invasive, comme les sangliers, qui seraient plus de deux millions chez nous. Les bêtes noires causent de sacrés dégâts dans les champs, mais c’est leur fonction, de fouiner, fouisser, truffer... 
Les chasseurs en prélèvent 500 000 chaque année, parfois tellement en une seule chasse qu’on les enterre dans des fosses, sans même se servir en viande. Les amis des animaux devraient être contents, la tradition de la chasse se perd de génération en génération. C’est relativement cher (5 000 euros à débourser à l’ONF pour avoir le droit de tirer un cerf), les fils ne chassent plus, car c’est toujours un sport d’hommes. Peut-être parce que les femmes donnent la vie, mais c’est aussi un moyen de boire et bouffer entre copains, et même de faire des affaires. La chasse est un reliquat de noblesse.

Nous n’allons pas entrer ici dans la guerre entre amis des animaux et chasseurs mais un avatar étonnant de ce conflit à la fois physique et philosophique a vu le jour en Dordogne. Dans les magasins d’articles de pêche de Périgueux, des individus achètent tout ce qui est vivant, vers et petits poissons, pous les relâcher dans le milieu naturel. Il y a donc des personnes qui sauvent les appâts pour poissons et même pour reptiles ! Car la grande mode c’est le reptile à la maison, et un reptile, ça mange des criquets ou des souris (mais en général décongelées). Pour le journal Sud Ouest, qui a remonté la piste, les acheteurs-relâcheurs mènent à des centres... bouddhistes !

 

 

 

 

Selon les bouddhistes, tous les êtres vivants ont une égale valeur. La compassion bouddhiste s’étend sur toutes les formes de vie. Le vermisseau comme l’éléphant, avec l’homme au milieu. Ajoutons à cela le concept de renaissance, qui revient à voir dans tout animal l’âme d’un mort. À ceci près que les sages retrouveront une enveloppe matérielle plus évoluée que les sous-développés de la sagesse. 
En gros, et sans faire d’humour facile, on a toutes les chances de retrouver l’âme d’un connard dans un ver de vase et celle d’un homme libre et heureux dans un tigre ou un éléphant. Notons que les bouddhistes ne sont pas forcément végétariens, mais qu’ils peuvent en suivre le régime. 
Donc le bouddhiste respecte la vie sous toutes ses formes, de la plus modeste à la plus éclatante. On n’écrase pas une araignée, d’autant, ajouteront les scientifiques ou les éthologues, qu’une araignée dans la maison c’est des moucherons et des moustiques en moins. Il y a donc une éco-logique là-dedans. Celle de la chaîne alimentaire et des grands équilibres du biotope. Et l’homme en fait encore partie.

Question : si un homme bon qui suit dans sa vie tous les préceptes du Bouddha, ou une majorité d’entre eux, se réincarne en tigre, et que le tigre mange de la viande, alors pourquoi l’homme ne pourrait-il pas en manger ? Et pas seulement les riches, les pauvres aussi ? Il y a encore pas mal de points philosophiques à éclaircir. Et pendant que les bouddhistes de Périgueux se ruinent en achats de vers au Décathlon du coin (rayon Pêche), des bio-industriels préparent la farine de demain à base de vers élevés industriellement...

 

 

 

 

 

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