La boîte à bouquins de Forestier : le naufrage d'Hillary Clinton raconté par ses proches

La boîte à bouquins de Forestier : le naufrage d'Hillary Clinton raconté par ses prochesHillary Clinton à New York en avril 2017. (ANGELA WEISS / AFP)
 
 

Septembre 2016 : Trump est donné total loser. Il va voir ce qu’il va voir, le prétentieux. Tous les sondages le donnent dans les choux. Il va rentrer chez lui la queue basse et l’ego rouillé. Le bouffon orange va être enterré, disloqué. Puis le 8 novembre 2016, le businessman est élu. Yes, élu. La démocratie bafouée, la Maison-Blanche envahie par les fachos, l’Amérique vendue à la NRA, à Breitbart News, aux anti-écolos, et à Jim Crow. Ben oui.

Que s’est-il passé ? Dans «Shattered: Inside Hillary Clinton’s Doomed Campaign», Jonathan Allen et Amie Parnes, tentent d’expliquer. Lui, il est rédacteur en chef du site «Sidewire»; elle est correspondante du journal «The Hill». Ensemble, ils plongent dans cette mélasse incompréhensible qu’est une campagne politique américaine. Et c’est hallucinant. A côté, la campagne de François Fillon a été une cueillette aux champignons. Celle de Mélenchon, une sieste sous Témesta. En Amérique, ils font les choses en XXL. Les emmerdements comme le reste, grand format.

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Allen et Parnes ont passé des mois à interviewer les collaborateurs d’Hillary Clinton. Le portrait de la dame est terrible: elle n’est pas en prise directe avec son équipe, elle est distante, fatiguée, elle communique mal et ne sait pas guider ses troupes. Les deux auteurs racontent la préparation des discours d’Hillary: un puzzle perpétuel. Ils dépeignent le bordel qui règne dans l’équipe pléthorique: les jalousies prospèrent, les crocs-en-jambe se succèdent, les saloperies volent bas, les peaux de bananes sont partout sur le carrelage.

Et il y a le havresac d’Hillary : elle y traîne les soupçons de détournement de fric de la Clinton Foundation (avec son mari qui dirige la pompe à dollars en Haïti), les décisions prises pendant l’attaque de Benghazi (alors qu’elle était Ministre des Affaires Étrangères), l’affaire des e-mails sur un serveur privé. Surtout, elle a l’image d’une femme antipathique, dévorée par le goût du pouvoir, rapace.

Dernier point : jamais, jamais elle n’est capable de donner une raison pour sa candidature. Elle veut être présidente? Soit. Mais why? Pour sauver le pays, rendre l’Amérique «great again», vaincre le chômage, quoi? Silence radio. Et le reste va de soi: trop d’argent, trop de «conseillers», trop d’équipiers, trop de factions, trop de villes ignorées.

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Certes, « Shattered » offre une analyse pertinente. Mais même chose de l’autre côté, pourrait-on dire. Trump avait des sous, des conseillers, des factieux.

Oui, pourrait-on répondre, mais il en avait moins. Pas de consultants, d’analystes, de grosse machine. Il n’avait que lui, lui et lui. Et ses millions (sa campagne a coûté 600 millions de dollars, soit exactement la moitié de celle d’Hillary Clinton). Elle avait un monstre bureaucratique. Il avait Twitter.

Point par point, Allen et Parnes décrivent le naufrage. Le cœur de la débâcle: la nécessité – jamais prise en considération – de visiter en force les «swing states», les états indécis (Hillary n’a jamais mis les pieds au Wisconsin, par exemple). «Notre échec vient de ce que nous n’avons pas réussi à atteindre les électeurs blancs», explique l’un des interlocuteurs.

Bien sûr, il y a eu d’autres facteurs: l’interférence des Russes, la décision du directeur du FBI de rouvrir le dossier des e-mails, la vague populiste, la misogynie. Mais Hillary a été la principale cause de la défaite d’Hillary: «Elle n’a jamais pu se présenter autrement que sous l’aspect d’une politicienne classique – alors que le pays avait perdu toute foi en ses institutions.»

Ce qui ressort, pour le lecteur français, c’est l’ineptie de la politique américaine, qui n’a de démocratique que le nom (comment expliquer qu’une candidate qui a trois millions de voix d’avance ne soit pas élue? Je sais, c’est le système. Mais, pardon, c’est un système à la con). Les Etats-UnisBanana Republic.

François Forestier

Shattered: Inside Hillary Clinton’s Doomed Campaign 
par Jonathan Allen & Amie Parnes
Crown, 466 pages, 28 $