PUBLIÉ PAR JEAN-PATRICK GRUMBERG LE 24 JUIN 2017

L’Arabie saoudite a donné un ultimatum de 10 jours au Qatar pour implanter 13 demandes, et rentrer dans le rang des Etats arabes qui désirent prendre leurs distances avec le terrorisme.

Lorsqu’il s’agit du Moyen-Orient, ceux qui ne comprennent rien à la complexité et à la volatilité de la situation géopolitique depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et la mise en place de sa politique internationale, adoptent généralement une attitude basique qui se réfère aux vieux clichés pour évaluer la région : « les terroristes du 11 septembre venaient d’Arabie saoudite, donc c’est l’hôpital qui se fout de la charité en accusant le Qatar de sponsoriser le terrorisme ».

J’ai pu me rendre compte, hélas, que leur conviction relève plus de la récitation de mantras (l’islam est l’islam est l’islam) que du désir de comprendre une situation rapidement changeante, même après l’historique visite du président Trump à Doha, même après le choix du nouveau prince âgé de 31 ans Mohammed bin Salman, pour diriger l’Arabie saoudite vers un 21e siècle plus compatible avec les pays non-musulmans (Europe exceptée puisqu’elle a décidé d’être islamisée).

C’est pourtant dans une globalité qui inclut la compréhension par Trump des grands dangers qui pèsent sur les Etats-Unis et ses alliés (Iran, islam radical, Corée du nord) et des dangers plus lointains (Russie,  régimes communistes) que la géopolitique doit être observée, et non par le petit bout local de la lorgnette.

  1.  Réduire les relations diplomatiques avec l’Iran, fermer ses missions diplomatiques en Iran. Expulser les membres de la Garde révolutionnaire et mettre fin à toute coopération militaire avec l’Iran. Seuls les échanges commerciaux qui entrent dans les limites des sanctions américaines et internationales sont permis.
  2. Rompre tous liens avec les organisations terroristes idéologiques et sectaires, particulièrement les Frères musulmans, l’Etat islamique, al-Qaïda, HTS Hayy’at Tahrir al-Sham (Assemblée de la libération du Levant) et le Hezbollah libanais [Hamas n’est pas dans la liste]. Déclarer formellement que ces entités sont des groupes terroristes.
  3. Fermer al-Jazeera et ses stations affiliées.
  4. Fermer les organes de presse que le Qatar finance, directement ou indirectement, y compris Arabi21, Rassd, Al-Araby Al-Jadeed and Middle East Eye.
  5. Mettre immédiatement fin à toute présence militaire turque au Qatar et interrompre toute coopération militaire avec la Turquie à l’intérieur du Qatar.
  6. Stopper par tous moyens le financement d’individus, groupes ou organisations qui ont été désignés comme groupes terroristes par l’Arabie saoudite, les Emirats, l’Egypte, le Bahreïn, les USA et les autres pays.
  7. Livrer les terroristes et les personnes recherchées par l’Arabie saoudite, les Emirats, l’Egypte, le Bahreïn à leurs pays d’origine, bloquer leurs avoirs, apporter toute information nécessaire sur leur lieu de résidence, leurs finances et leurs mouvements, et renoncer à en accueillir d’autres dans le futur.
  8. Cesser toute interférence dans les affaires internes d’Etats souverains. Cesser de donner la nationalité à des citoyens recherchés par l’Arabie saoudite, les Emirats, l’Egypte, le Bahreïn. Révoquer la citoyenneté qatarie des nationaux qui ont violé les lois de ces pays.
  9. Arrêter tout contact avec l’opposition politique en Arabie saoudite, Emirats, Egypte et Bahreïn. Remettre tous les dossiers détaillant les contacts et le soutien du Qatar à ces groupes d’opposition.
  10. Payer des réparations et compensations pour les vies humaines perdues et autres pertes financières causées par la politique du Qatar ces dernières années. Les montants seront déterminés en coordination avec le Qatar.
  11. Consentir à des audits mensuels pour l’année à venir et se conformer aux demandes, puis une fois par trimestre la seconde année. Et pour les 10 années suivantes, le Qatar sera surveillé annuellement.
  12. S’aligner aux autres Etats du Golfe et aux pays arabes militairement, politiquement, socialement et économiquement, ainsi que sur des aspects économiques, conformément aux accords de 2013 et 2014 avec l’Arabie saoudite.
  13. Se conformer à toutes ces demandes dans un délai de 10 jours suivants le jour où elles ont été soumises au Qatar, sinon la liste est annulée.

Associated Press a obtenu une copie de ces demandes et a affirmé qu’il ne s’agit pas d’un hoax.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Sources :

https://www.theguardian.com/world/2017/jun/23/close-al-jazeera-saudi-arabia-issues-qatar-with-13-demands-to-end-blockade

https://twitter.com/hxhassan/status/878037331244175361